Architecture et Feng Shui, l’expérience coréenne de XTU

L’agence d’architecture française XTU dirigée par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières a remporté en 2006 un concours visant à concevoir le Musée de la Préhistoire de Jeongok en Corée du Sud. Cette expérience leur a fait toucher du doigt l’invisible et l’art du Feng Shui.

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Begin Mag : Qu’est-ce qui a fait la différence dans votre travail pour remporter ce contrat parmi les 600 candidats en lice ?
Anouk Legendre : Nous avons imaginé le lien avec le paysage. Le site est particulier et nous avons fait le choix de créer un pont entre les deux collines pour faire marcher les gens. Nous étions les seuls à être dans le thème de l’harmonie avec le paysage en proposant quelque chose de simple, concis, fluide qui fait écho à la culture coréenne et même à la calligraphie. Nous avons imaginé les flux : en partant du lieu « inspirant » et en regardant quel circuit allaient emprunter les visiteurs, nous avons construit une promenade. L’ensemble est conçu comme un jardin. Les autres projets paraissaient plus « agités », compliqués.
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BM : D’où vous vient ce lien presque organique avec la nature et l’environnement ?
AL : Je viens des Pyrénées, qui est un paysage dur. En 2005, juste avant de travailler sur ce projet de Musée de la Préhistoire, nous avons fait un voyage en Islande.

En dessinant ce paysage, on a pu constater que ce pays est entièrement façonné par les flux. C’est un monde liquide à l’échelle du temps où tout est courbe.

Par ailleurs, nous avons été très marqués par le Japon il y a vingt ans. Ainsi nous avons travaillé sur un projet courbe, qui ondule, en écho avec le dessin.

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BM : Comment le Feng Shui a t-il fait irruption dans le projet ?
AL : Sur place, nous avons rencontré plusieurs architectes et un français qui nous a dit : « En Corée, le Feng Shui est très important ». En rentrant, j’ai donc acheté un livre de Feng Shui.  Puis nous avons eu un problème avec le client au sujet du jardin qui entoure le Musée. Nous avions prévu des activités pour les enfants et la reconstitution d’un écosystème mais le dessin n’allait jamais. Après 2 mois de discussion, j’ai compris. Je me suis replongée dans le livre et j’y ai vu que la question de l’eau était essentielle. Nous avons alors conçu une rivière artificielle à l’intérieur du projet. Enfin le dessin a été accepté ! Il semble que chaque étape ait été validée par un Maître Feng Shui sans que nous en soyons au courant. Lorsque le projet a été construit, les coréens sont même allés chercher des poissons dans la montagne. Pour nous européens, l’eau ne semblait pas nécessaire d’autant qu’un grand fleuve se trouve à proximité du lieu. Mais pour les coréens, ce lieu étant un point de confluence où hommes et troupeaux s’arrêtaient, l’eau était essentielle d’un point de vue pédagogique.

Cité du Vin, Bordeaux
Cité du Vin, Bordeaux

BM : Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?
AL : Nous avons retenu du Feng Shui et de la Corée le travail sur les flux d’air et d’eau ainsi que l’innovation dans le végétal. Il a fallu passer par l’Asie pour faire un cheminement mental. Depuis, nous intégrons les flux dans tous nos projets. Par la suite, nous avons travaillé sur un autre musée dans l’Océan Indien. Il se situait en haut d’une falaise. Plutôt que d’installer un système de climatisation, nous avons imaginé des façades textiles qui rafraîchissent. C’est aussi ainsi que le Pavillon français de l’Exposition universelle de Milan 2015 a été conçu : sans parois, avec un grand toit et une ouverture comme une cheminée, de façon à faire circuler l’air dans un flux ascendant. On a designé le flux d’air et les gens se sentent bien.

Pavillon français, Exposition universelle de Milan

Nous avons retenu du Feng Shui et de la Corée le travail sur les flux d’air et d’eau ainsi que l’innovation dans le végétal.

Interview réalisée par BEGIN
Sources photos : cotémaison – pinterest

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