Réenchanter le monde de l’entreprise

BEGIN Mag a posé 3 questions à Pierre Hurstel, fondateur de « Matière à Réflexion, pour le réenchantement des entreprises ». Il conseille les organisations et accompagne les dirigeants pour motiver talents et énergies. Il est aussi l’ancien Directeur-Monde des Ressources Humaines du groupe Ernst&Young.
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Pierre, qu’y a t-il à réenchanter dans le monde de l’entreprise ?

Il faut réenchanter le travail, et plus largement le lien à ce qui n’est pas le travail. C’est la manière de travailler qui est mauvaise. Le travail est un moyen pour sortir les gens d’une certaine désocialisation. L’art consiste à bien le doser pour en faire un facteur d’épanouissement de soi, dans une pulsion d’intelligence, un état où l’on se sent bien et qui va nous permettre de comprendre le monde.

L’être humain aime s’engager.

On parle aussi du bien-être ressenti lorsque l’on s’efforce de faire progresser son potentiel, que ce soit dans le travail, le sport, ou tout autre projet. Parallèlement, l’entreprise est un monde de stress, de troubles, de harcèlement moral…
On y trouve un mauvais équilibrage des ingrédients du bonheur. Ce qui compte, c’est le dosage managérial et individuel. Le travail, on le fait pour soi et pour le collectif. Mais si le propre de l’homme est de ne pas toujours aller au bout de lui-même, l’être humain aime s’engager. Et c’est dans ce que Mihali Csikszentmihalyi appelle « the flow » qu’il trouve son épanouissement. Réenchanter consiste à redécouvrir ce que nous avons perdu.

Créer, innover, nous rend plus libres, plus forts.

.Alors comment peut-on réenchanter ce monde ?

Ma méthode est très empirique.
Je dis aux dirigeants : « Et si vous laissiez tomber les modèles appris dans les écoles ? ». Je les fais parler de leurs récents succès et échecs sur les hommes et à partir de là, nous faisons une relecture. Peut-être le bien-être ne se trouve t-il pas à la fin avec les bénéfices, mais bien au début de la chaîne du travail. J’inverse le paradigme. Le facteur humain peut être la clé du « refuelling ». Par exemple, faut-il intégrer de l’intergénérationnel ? Comment rénover le «vivre ensemble» ? J’aide les dirigeants à dépasser leurs limites bornées, car seuls ils n’osent pas. J’ai découvert que je pouvais entrer dans la zone où ils testent (« test and learn ») et faire tomber leurs défenses. Je consulte aussi en tant que « salon où l’on cause » autour de l’emploi, j’accueille et j’écoute les souffrances, c’est important. Le rire est un de mes outils. Par ailleurs, on ne s’intéresse pas assez au lieu de travail.

bonheur au travail

Le rire est un de mes outils.

Quant à la génération Y, il faut dédramatiser les genres, libérer les énergies en mixant les tâches traditionnellement masculines et féminines. La rente à combattre est le vieux modèle du pouvoir. Il faut être capable de mobiliser le respect des jeunes.

Quel est le profil des dirigeants sensibles à votre méthode ?

Les salariés qui souffrent sont de tous âges et de tous niveaux. Le profil de mes clients, c’est une société de taille intermédiaire, dont le dirigeant est souvent le fondateur ou l’héritier, habité par la force du projet mais qui ne voit pas immédiatement le facteur humain comme un élément clé. Ces sociétés ont souvent un service client exceptionnel, et à côté de cela un relatif aveuglement car ils ne voient pas les gens qui produisent le produit. La grande chance que nous avons est qu’il n’y a plus d’argent dans les entreprises pour masquer les problèmes. Par conséquent, il nous faut être plus intelligent.

pierre5Pierre Hurstel
Fondateur de « Matière à Réflexion »

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