Sea, Surf & Fun avec Pauline Ado

Pauline Ado a un caractère bien trempé, une détermination chevillée à un corps sculpté par 20 ans de pratique sportive, un mental de championne, mais aussi la douceur, l’humilité (si ce n’est l’innocence) et la fraîcheur d’une jeune femme de 25 ans qui garde ses yeux et son cœur d’enfant.

Lorsque nous la rencontrons un samedi matin sur une plage du Pays basque où elle vit, les vagues sont trop minuscules pour qu’elle puisse nous offrir une session. Mais si vous voulez voir de quoi est capable une championne du monde de surf, cliquez ici et abonnez-vous à son fil Facebook.
Dépaysement et sensations assurés !

paulineado.com


Pauline, comment devient-on surfeuse professionnelle ?

J’ai grandi à Hendaye et toujours été très sportive. Chaque été on jouait beaucoup avec nos body-boards dans les vagues à essayer de se mettre debout. A 8 ans, j’ai essayé le surf avec lequel j’ai très vite accroché grâce aux sensations que cela procurait.

Mes parents étaient sportifs mais ne connaissaient pas du tout le milieu. Je suis devenue assez vite accro (sauf en hiver, l’eau à 12 degrés, c’est vraiment froid !). A 9 ans, on m’a encouragée à faire ma première compétition. Le « Crevette Tour » et « La compet des têtards » me tendaient les bras ! Malgré tout, je n’aimais pas vraiment la compétition, car j’avais du mal à m’exprimer et les conditions étaient rarement bonnes.

C’est à l’âge de 10 ans que j’ai gagné ma première compétition. J’étais sur mon petit nuage. Rip Curl m’a approchée et proposé de devenir mon sponsor. C’est là que je me suis complètement prise au jeu.

Ensuite, tout s’est enchaîné très vite avec les championnats de la côte basque, d’Aquitaine puis ma première sélection en championnat du monde junior en équipe de France à 13 ans. Ca a été une prise de conscience sur le niveau mondial des moins de 18 ans : je voyais des australiennes, des hawaïennes de 17/18 ans, et je me suis dit : « Je peux y arriver, c’est accessible comme niveau ! ». C’est à partir de là qu’a germé en moi l’idée de devenir surfeuse pro.

Deux ans après, j’étais championne du monde junior (ISA). C’était la première fois qu’un français remportait un titre de champion du monde en surf !

En 2008, j’ai gagné le championnat du monde junior WSL qui est un tournoi plus professionnel. Là aussi, c’était la première fois qu’un français gagnait cette compétition.


Comment s’est passée la suite ?

En parallèle, j’ai continué ma scolarité normalement, tout en m’absentant beaucoup pour les compétitions internationales. Comme je n’aime pas échouer, c’est la même chose à l’école. De plus, mes parents étaient clairs sur le fait de continuer à étudier.

Après mon bac, je me suis consacrée à 100% au circuit pro et à ma carrière. On pouvait se demander s’il était possible de devenir surfeuse pro. Il y en avait peu en France, mais ça s’est fait naturellement. Des sponsors m’ont fait confiance.

En 2010, je me suis qualifiée pour le Top 17 mondial. C’est l’élite du surf. Dès la première année, j’étais 9e mondiale.

En 2014, j’ai eu une année compliquée avec des résultats en dents de scie, j’étais assez épuisée. J’ai cumulé beaucoup de déplacements loin de ma famille et des résultats qui ne suivaient pas. C’était dur car je n’avais fait que cela dans ma vie et je n’avais plus envie d’aller à l’eau. J’ai alors retrouvé petit à petit le plaisir de surfer pour moi. J’avais un trop-plein de compets et je m’étais oubliée. Grâce à ce break, l’envie de refaire des compétitions est revenue. J’ai aujourd’hui plus de recul sur ma pratique et plus de maturité. En 2015, j’ai clairement retrouvé l’envie.

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A quoi ressemble la vie d’une championne de surf mondiale ?

Je me sens bien à l’eau, ça me vide la tête. Je m’en suis rendue compte lorsque je me suis blessée : c’est en revenant à l’eau que j’ai eu ma bouffée d’oxygène !

Il n’y a jamais de routine car je voyage beaucoup. Par exemple cette année, nous avons eu une compétition en Australie, puis localement, et jusqu’en octobre, nous allons voyager au Mexique, au Salvador, en Galice, en Californie, aux Açores puis au Japon.

Je me déplace aussi hors compétition pour m’entraîner et faire des événements avec les sponsors.

Au quotidien, je regarde la météo, la taille des vagues et les prévisions de vent. Ma journée s’articule autour de cela. Comme les vagues sont quelque chose d’éphémère, on ne peut pas les saisir.

Ca n’est pas évident d’avoir la rigueur quand on n’a pas de planning fixe et ça demande du mental, mais ça donne aussi une grande liberté.


Quelle préparation physique et mentale t’imposes-tu ?

Je vais à la salle de sport avec un programme personnalisé : cardio, renforcement, gainage… des exercices qui se rapprochent de ma discipline. Lorsqu’on ne peut pas surfer pour cause de tempête en hiver, on doit pouvoir s’entraîner quand même.

Mentalement, je discute beaucoup avec mon coach. Je dois savoir adopter les attitudes et l’état d’esprit justes. Je fais aussi un peu de sophrologie. Pendant un moment, je suis allée voir un préparateur mental, psychologue du sport.

Je m’appuie aujourd’hui sur mon expérience et j’apprends à me connaître tout le temps. Le surf m’a fait découvrir des choses sur moi que je ne soupçonnais pas.

C’est très enrichissant. Il y a le côté sportif mais aussi, dans ce sport, une tendance où on est assez livré à soi-même. C’est une vraie école de la vie !

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Une hygiène de vie de grand sportif

Je fais de plus en plus attention au soleil. Je ne peux pas l’éviter lorsque je suis dans l’eau, mais je ne m‘expose pas en dehors. Et le corps se protège lui-même car les oreilles, les yeux sont très agressés.

Je fais assez attention à mon alimentation : pas de boissons sucrées, pas de malbouffe.

Et je réalise que je suis de plus en plus sensibilisée à ne pas m’alimenter avec des produits transformés et à faire attention à la provenance des aliments.

Je ne suis pas pour autant une control-freak. Avant une compétition, mon régime alimentaire est un peu plus strict. Mon souci va être de bien m’alimenter au bon moment en fonction du timing. Je ne me soumets pas à un régime particulier mais j’aime cuisiner moi-même des produits sains.


Son lieu de vie

Je ne me suis pas vraiment posé la question de mon lieu de vie : quand on grandit et dans le processus d’apprentissage d’un jeune surfeur, il faut surtout se poser la question de sa capacité à se déplacer en Australie, à Hawaï… pour les compétitions. Je me plais ici et être basée en France, dans le Sud-ouest, n’est pas un problème pour ma carrière. Quand je reviens de voyages qui m’ont éloignée pendant plusieurs mois, j’apprécie énormément la qualité de vie de la côte basque.

L’hiver je me déplace dans des destinations moins lointaines comme le Maroc pour s’entraîner là où le climat est un peu plus doux car les conditions hivernales ici sont difficiles quand on va à l’eau tous les jours. C’est traumatisant pour l’organisme, surtout quand on sort de l’eau en fait !


Sa relation avec l’élément

Il y a des moments d’osmose avec les vagues. Mais il y a cet élément naturel qui est constamment dans notre pratique et qui est imprévisible : l’eau. Sur une belle session de surf, on peut avoir l’impression de dominer un peu l’océan, mais on se fait aussi des frayeurs et on est sans cesse rappelé au fait que l’on ne domine rien du tout !

On peut faire un parallèle avec un dompteur de fauves : dans la même session on peut prendre la frayeur de sa vie et sa meilleure vague ! Il n’y a pas deux sessions qui sont les mêmes, c’est un challenge sans cesse renouvelé.

Quand je vais à l’eau, je suis hyper exigeante, que ce soit pour moi ou avec mon entraîneur. On peut croire quelques fois que je fais la tête, mais je suis très concentrée sur moi-même. Il faut être très présent : on fait le mouvement dans sa tête, il faut trouver la bonne configuration pour exécuter les consignes. C’est tout un processus de préparation qui débute bien avant d’aller à l’eau. Il faut avoir le bon état d’esprit avant.

 

Le truc le plus dingue

MyBikini_Mexico_PAO_TML_2014-07-10_TMP5972Mon premier titre en compétition a été incroyable : comme dans mes rêves !
En termes de sensations pures, j’ai eu la chance de partir en surf-trip sur des bateaux avec des vagues exceptionnelles dans les îles Mentawaï (Indonésie). On se déplace au gré de la houle et c’est là que j’ai eu mes premières vraies sensations de tube. 

 

Ca, c’est unique. On est « enfermé » et on se dit qu’on n’a rien à faire là-dedans, mais on y est et on en sort quand même.

 

« Être surf »

En France, nous ne sommes que 6 ou 7 filles à faire le circuit pro.
J’aimerais beaucoup que le surf devienne une discipline olympique. Y participer serait un rêve. Il semble être sur la short-list pour le devenir, potentiellement aux prochains JO du Japon. J’adore les grands événements sportifs et j’aime échanger avec les autres sportifs d’autres disciplines.

Le surf peut être vu comme un sport un peu ingrat : on rame beaucoup pour passer peu de temps sur la vague.

On reste parfois deux heures à l’eau pour prendre 6 vagues de 30 secondes ! Mais finalement dans un match de foot, combien de temps passe t-on avec le ballon sur les 90 minutes ?

Le surf c’est un peu pareil. C’est aussi tout ce qui est autour qui fait un sport.

 

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J’adore ma vie. On ne débranche jamais. Le surf c’est tout mon quotidien. Tout ce que je fais est fonction de lui. Ca peut être fatigant et il faut savoir lâcher prise. Mais le surf, c’est mon moyen de m’exprimer. Sur une vague, il faut définir une trajectoire, une façon de surfer, la vague c’est une page blanche et on essaye d’en faire ce qu’on veut. Surfer une vague comme on l’a souhaité, c’est dompter l’élément. On parle beaucoup de style, ça a une vraie valeur.

 

Sources photos : Rip Curl

 

 

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